LA

COMMISSION
SANITAIRE
DES ÉTATS-UNIS

SON ORIGINE, SON ORGANISATION ET SES
RÉSULTATS

AVEC

UNE NOTICE SUR LES HOPITAUX MILITAIRES
AUX ÉTATS-UNIS
ET
SUR LA RÉFORME SANITAIRE DANS LES ARMÉES EUROPÉENNES

PAR

THOMAS W. EVANS
DOCTEUR EN MÉDECINE
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE PHILADELPHIE

Chirurgien-Dentiste de LL. MM. l'Empereur des Français et l'Empereur de Russie
Officier de la Légion d'honneur.
Membre de l'ordre de Wladimir de Russie
Commandeur des Ordres de Sainte-Anne et de Saint-Stanislas de Russie
des Ordres de l'Osmanié et de Medjidié, de Turquie
de l'Ordre de Frédéric de Wurtemberg et de l'Ordre de Zaehringen de Bade
Officier des Ordres de la Couronne et de l'Aigle-Rouge de Prusse
des Ordres de la Couronne de chêne de Hollande et de Saint-Michel de Bavière
Membre des Ordres des Saints-Maurice-et-Lazare d'Italie
du Saint-Sauveur de Grèce, de Pierre d'Oldenbourg
de la Guadeloupe, du Mexique
etc., etc., etc.

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CINQUIÈME ÉDITION

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PARIS
E. PENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 16 ET 17, GALERIE D'ORLÉANS

1867

 

PRÉFACE

Le développement prodigieux donné récemment au matériel de guerre, l'introduction dans les armées du canon rayé et de la poudre comprimée, l'emploi d'une artillerie plus lourde et plus destructive ont grandement aggravé les horreurs du champ de bataille et rendu plus terrible que jamais le fléau de la guerre, déjà si terrible en tout temps. Cet accroissement des forces employées à détruire est entré comme élément de calcul dans les spéculations des philanthropes, qui voudraient fixer l'époque à laquelle, la guerre devenant un fait de plus en plus exceptionnel, la paix sera la condition normale d'une civilisation plus juste et plus humaine. Quelque plausibles et bien fondées que puissent nous sembler ces espérances, il est douteux, après les douloureuses expériences de la grande lutte américaine et du récent conflit en Allemagne, que l'ère désirée d'une entente cordiale et d'une affection mutuelle entre les nations soit autre chose qu'un rêve et une utopie, aussi longtemps que les passions des hommes et l'antagonisme de leurs intérêts resteront ce qu'ils sont aujourd'hui. Toutefois, au milieu de ces incertitudes, un cour bienveillant peut tirer quelque soulagement de la doctrine des compensations, qui parait exercer dans le monde moral une influence non moins universelle que celle de la gravitation dans le monde physique. Plus les mauvaises chances de mort et de blessures, avec leur terrible cortége de tortures et d'agonies, sont devenues nombreuses et redoutables dans les batailles modernes, plus aussi se sont multipliées les sympathies publiques, plus aussi s'est développée une volonté active et intelligente pour alléger les maux inséparables de la guerre et leur porter remède ; plus les afflictions ont été grandes, plus les efforts entrepris pour en diminuer l'intensité ont été nobles et ingénieux. De fait, une carrière presque entièrement nouvelle pour la pratique de la charité chrétienne a été ouverte au monde.

Un exemple, pris dans une campagne militaire encore présente à tous les esprits, nous servira de preuve : nous voulons parler de l'expédition de Crimée. Les ressources ordinaires du service médical de l'armée russe avaient été de bonne heure à peu près épuisées par les besoins extraordinaires qu'il s'agissait de satisfaire; les efforts tentés pour subvenir à cette disette cruelle, et presque soudaine, furent absolument insuffisants, quelque bonne volonté et quelque énergie que des particuliers aient pu déployer à cette occasion. Peu de temps après l'ouverture des hostilités, la grande-duchesse Hélène Paulowna de Russie, princesse wurtembergeoise et veuve du frère de Nicolas Ier, le grand-duc Michel, entreprit une oeuvre admirable de charité en fondant un système d'ambulances et de secours hospitaliers qui, grâce à l'appui constant des autorités russes, rendit à l'humanité souffrante les plus précieux services. Elle envoya trois cents personnes de son sexe aux endroits où leur activité devait être le plus nécessaire. La présence de ces anges de compassion fut toujours saluée par des élans de vive admiration. A ce sujet, un éminent chirurgien de l'armée s'exprimait en ces termes :

«Elles étaient infatigables à soigner les blessés, non-seulement dans les hôpitaux de Sébastopol et de Simphéropol, ainsi que dans les ambulances, mais aussi dans la proximité immédiate des batteries, au milieu des plus effroyables scènes et sous le feu même de la mousqueterie et de l'artillerie.ª

Le spectacle des innombrables souffrances, agissant puissamment sur la généreuse nature du czar Alexandre II, le détermina, probablement autant que toute autre considération, à conclure promptement la paix. Partout on voyait 1e manque de l'unité d'action nécessaire et d'une direction pratique dans la répartition des objets recueillis par les mains libérales des dames de Saint-Pétersbourg et des autres villes. On raconte un fait qui probablement n'est pas le seul de son espèce : nombre de ballots, remplis de charpie préparée par les femmes russes, ayant été expédiés de la capitale vers la Crimée, s'égarèrent en route et finirent par tomber dans les cuves de fabricants de papiers. Ayant eu l'occasion d'aller en Russie immédiatement après la signature du traité de paix, j'ai visité moi-même les hôpitaux de Moscou et de la partie septentrionale de l'empire moscovite. Mon attention fut douloureusement éveillée en mainte occasion par le spectacle de souffrances qu'avaient causés principalement le manque de traitement et de secours médicaux en temps utile; une impression profonde de tristesse se grava dans mon cour, quand je vis l'impossibilité absolue de remédier à des maux occasionnés par de simples négligences.

Un souvenir très-vivant des exemples que j'avais eus sous les yeux me fit prendre la résolution de courir, pendant l'été de 1859, les champs de bataille de l'Italie. Grâce à la courtoisie de l'empereur Napoléon et de son ministre de la guerre, je reçus des passeports spéciaux me permettant l'inspection générale des hôpitaux militaires. Je visitai ceux de Turin, Milan, Brescia, Castiglione, Desenzano et plusieurs autres établissements provisoires, me donnant comme principal objet d'étude chirurgicale le traitement des blessures à la tête et au visage. Dans ces conditions, une opportunité favorable m'était donnée de connaître et de juger les règlements sanitaires des armées alliées. Le travail soudainement imposé aux chirurgiens et à leurs aides, après cette série de batailles venant aboutir à Solferino, dépassait tellement les prévisions et les ressources, que de tous côtés l'oeil rencontrait sous mille formes palpitantes l'aspect de tortures auxquelles aucune assistance ne pouvait être donnée.

Un relevé fait avec soin des tués et blessés des armées française, italienne et autrichienne, donne les chiffres suivants : 3 maréchaux, 9 généraux, 1,566 officiers de tous grades, et 40,000 simples soldats environ(1).

A ce nombre il faudrait ajouter, pour les deux mois qui suivirent, au moins 40,000 hommes attaqués de fièvres, ou morts de maladies occasionnées par la fatigue du champ de bataille ou par des marches forcées sous les terribles chaleurs d'un été d'Italie. Le sentiment de commisération qu'excita un aussi prodigieux désastre fut non moins profond qu'universel. Les citoyens de Milan, de Turin, de Brescia rivalisèrent de zèle pour calmer les agonies et panser les plaies de tant de martyrs et de victimes. Comme par un coup de baguette, des églises, des couvents, des palais et des maisons de particuliers se transformèrent en hôpitaux. A Brescia, M. Faraldo, intendant général, le docteur Galla, directeur de l'hôpital, le docteur Comisette, chirurgien en chef de l'armée italienne, le docteur Cotta, inspecteur d'hygiène pour la Lombardie, ainsi que le baron Larrey, inspecteur en chef du service médical de l'armée française, se distinguèrent spécialement dans l'organisation de cette oeuvre philanthropique. A Milan, les dames des familles les plus aristocratiques envoyèrent, à la gare du chemin de fer, plus de cinq cents de leurs voitures, toutes remplies de lits, de coussins et d'oreillers pour recevoir les héros blessés et les transporter aux logis confortables qui leur étaient préparés. Mais l'enthousiasme du commencement, tout sincère qu'il était, ne fut pas soutenu avec persévérance, faute d'une organisation bien entendue qui controlât les efforts et les maintînt constamment au niveau des besoins. Dépourvu d'esprit de suite, le premier élan s'affaissa bientôt sous le poids des difficultés amoncelées par suite de l'inexpérience générale.

Pendant le cours prolongé de mes observations dans la campagne d'Italie, je ne pouvais manquer d'être frappé de la disette relative d'hospitalières. Parmi elles, la plupart étaient des soeurs de charité, qui, semblables à des anges sous forme humaine, allaient partout en faisant du bien. Quoique faibles numériquement, elles savaient se multiplier par leur incessante énergie, leur douceur remarquable et leur zèle extraordinaire. Leur habileté à calmer le délire le plus aigu par un mot prononcé au moment convenable, leur tact pour faire pressentir à l'agonisant la fin probable qui l'attendait, était quelque chose de merveilleux, et qu'il est impossible d'exprimer dignement.

Ce qui faisait le plus défaut dans ces hôpitaux d'Italie étaient des gardes-malades avant reçu quelque éducation et capables de converser en différentes langues. Les soldats autrichiens appartenaient aux nationalités les plus diverses; on voyait parmi eux toutes les variétés d'Allemands, de Croates, de Serbes, de Hongrois et de Valaques. Sur des milliers de pauvres blessés, un à peine savait un mot d'italien ; les chirurgiens et les infirmiers étant de leur côté incapables de communiquer avec ces malheureux dans leur langue, cette circonstance produisait les complications les plus fâcheuses et augmentait de beaucoup les souffrances des patients. J'en vis un exemple: dans l'une des salles de l'hôpital de Brescia était un malheureux soldat allemand, qu'un chirurgien de service avait plusieurs fois visité, mais sans pouvoir découvrir la cause de ses plaintes. L'Autrichien se lamentait et gémissait sans cesse comme un enfant, en marmottant des paroles qui semblaient le refrain d'un idiot; de grosses larmes roulaient à flots le long de ses joues bronzées. --- «C'est pour nous en faire accroire, me répondit le chirurgien que j'interrogeai; il n'est pas le moins du inonde blessé; il pleure pour faire semblant, et je vais donner des ordres afin qu'on le renvoie.» L'infortuné portait constamment la main à la tête pour indiquer le siége de sa souffrance, le langage des signes étant le seul qu'il pût employer. A force de l'interroger, je finis par comprendre qu'une balle de carabine, ayant rasé le sommet de son crâne, avait produit une dépression régulière en forme de gouttière longitudinale. L'attention du chirurgien ayant été dirigée vers cet endroit, le dire de l'Allemand se trouva justifié, et, après une très-simple opération de trépan, la cervelle fut dégagée du poids qui la comprimait. Le patient, soulagé, cessa de gémir, ses larmes s'arrêtèrent, et ses paroles n'eurent plus rien d'inintelligible.

Toutes les fois que je traversais les salles, j'étais appelé par une foule d'Autrichiens blessés, qui m'imploraient d'une voix suppliante, en me confiant leurs derniers adieux pour leurs familles. Mais, hélas! il n'y avait pas le dixième des personnes qui eussent été nécessaires pour faire droit à la moindre partie de ces prières déchirantes. Sauver ceux qu'on avait encore une chance de guérir semblait un devoir bien plus urgent que de répondre aux lamentables requêtes des mourants.

A mon retour à Paris, je communiquai aux autorités compétentes le résumé des faits dont j'avais été le témoin, et j'en pris occasion pour insister sur la nécessité d'opérer certaines réformes urgentes dans le service des hôpitaux et des ambulances appartenant aux armées en campagne. Ces représentations furent accueillies dans un esprit aussi libéral que celui qui les avait dictées. Les résultats que la campagne d'Italie avaient mis en lumière ont servi de base à l'introduction de réformes importantes dans le service médical de l'armée française; déjà les troupes envoyées au Mexique ont profité de ces réformes.

La même communication que j'avais adressée aux autorités militaires , fut également faite par moi à la supérieure du couvent des Dames du Sacré-Cour à Paris (institution qui mérite, ainsi que la Société analogue de Saint-Vincent de Paul, une mention particulière pour son généreux envoi d'infirmières à la guerre d'Italie). Les vues que j'exposai rencontrèrent des sympathies cordiales et intelligentes. Quelque plan qui puisse être proposé dans la suite pour l'allégement des souffrances occasionnées par la guerre, ces dévouées et vertueuses filles de la Miséricorde doivent y être engagées comme par le passé, en qualité d'agents les plus actifs.

 

L'institution de la Commission sanitaire des États-Unis marque une période nouvelle dans l'histoire du monde. C'est l'acte de philanthropie le plus grandiose que l'humanité ait jamais médité et accompli. Par son influence, la société tout entière des États-Unis a été modifiée. C'est la grande pensée qui préoccupe l'attention publique presque exclusivement à toute autre. J'en ai eu les preuves les plus convaincantes dans un voyage tout récent que j'ai fait dans ma patrie, ma visite ayant eu spécialement pour but d'étudier les conditions hygiéniques des armées américaines et l'organisation de la Commission sanitaire. Depuis mon dernier séjour aux États-Unis, plusieurs années s'étaient écoulées, et je ne pus qu'être profondément impressionné par la merveilleuse transformation qu'avait subie la société dans ses sentiments et dans sa conduite en général. Les goûts et les occupations de mes amis et anciennes connaissances avaient singulièrement changé : les mêmes hommes qui jadis étaient le plus complètement esclaves de leurs affaires, trouvaient du temps en abondance pour le consacrer aux devoirs d'un généreux patriotisme et d'une noble philanthropie; les femmes n'étaient plus absorbées par une interminable série de visites frivoles et de soirées du beau monde, mais toutes étaient plus ou moins occupées à préparer une multitude d'objets pour la Commission sanitaire, à moins toutefois qu'elles ne fussent dans les hôpitaux, assises à côté du lit des malades et des blessés. J'ai été édifié de voir comment cet esprit empreint d'une large et universelle bienveillance avait introduit une louable simplicité dans le genre de vie des personnes les plus intelligentes et les plus cultivées. L'extravagance des toilettes et du train de maison semblait exclusivement le fait de la classe très-restreinte des nouveaux parvenus de l'opulence, que l'on ne saurait en aucune façon considérer comme les représentants de la véritable société américaine. De tous côtés, j'ai vu apparaître de nouvelles et éloquentes preuves de cet esprit national d'entreprise qui a fait des États-Unis « l'énigme des nations;» j'ai pu, en même temps, mieux apprécier cette vigoureuse initiative dont la vraie cause est dans le bon sens, et qui, maintenant, trouve devant lui un champ si vaste ouvert à son activité. Après avoir contemplé de plus près et plus intimement les scènes émouvantes du drame que traversait en ce moment l'Amérique, je suis revenu à mon pays d'adoption avec une affection plus ardente et plus profonde pour le peuple et les institutions de la contrée qui m'a donné le jour.

Ajoutons que l'influence de la Commission sanitaire a dépassé les frontières des États-Unis. En Europe, l'attention publique a été mise en éveil. C'est ainsi, que dans le récent conflit dano-allemand, des comités de secours, régulièrement organisés d'après le modèle exact de ceux qui existent en Amérique, ont rendu les plus grands services (2); de même, Sa Majesté la reine de Prusse a ajouté à sa couronne le plus éclatant joyau par l'affectueuse reconnaissance qu'elle a méritée des blessés en visitant les hôpitaux du Slesvig et du Holstein, et par les paroles qu'elle a prononcées en faisant distribuer des secours aux victimes des deux armées ennemies : «Dans la crise actuelle, je ne parle pas, je ne sens pas comme reine, je n'exprime que ma sympathie de femme pour l'humanité.ª

Il peut être utile de fournir ici quelques renseignements sur la forme pratique qui, en Europe, a été donnée à cette oeuvre. Le premier mouvement a eu lieu à Genève, et l'honneur de lui avoir donné une forte impulsion revient à M. J. Henry Dunant, dont les généreux efforts pour la création d'un corps d'hospitaliers volontaires dans la campagne d'Italie, et l'ouvrage aussi modeste qu'intéressant : Un souvenir de Solferino, ont rendu le nom familier au monde européen. Le 1er septembre 1863, la « Société d'utilité publique de Genève» a adressé une circulaire aux divers gouvernements, aux philanthropes les plus connus, ainsi qu'aux principaux officiers militaires, pour demander leur coopération et les inviter à une conférence internationale devant être tenue à Genève. Le but de la réunion projetée était de « considérer les moyens à employer pour remédier à l'insuffisance du service sanitaire des armées en campagne.»

Ce projet fut chaudement accueilli. Le 26 octobre 1863, se réunissaient les délégués des pays suivants : Russie, Autriche, Prusse et les principaux États d'Allemagne, France, Angleterre, Espagne, Hollande, Suède et Suisse. Un plan d'organisation fut définitivement agréé. Avant de s'ajourner, on adopta une série de résolutions très-importantes, suivies de cette recommandation

« Que la neutralisation soit proclamée, en temps de guerre, par les nations belligérantes, pour les ambulances et les hôpitaux, et qu'elle soit également admise, de la manière la plus complète, pour le personnel sanitaire officiel, pour les infirmiers volontaires, pour les habitants du pays qui iront secourir les blessés et pour les blessés eux-mêmes.»

L'action de la conférence de Genève a reçu l'approbation et les encouragements de plusieurs gouvernements. L'empereur de Russie autorisa le grand-duc Constantin à prendre la présidence d'un comité auxiliaire sous le patronage de Leurs Majestés Impériales; en Saxe, le roi et les ministres, et plusieurs personnages influents se sont réunis pour cette même oeuvre; le grand-duc de Bade a donné son concours chaleureux à ce projet; en Wurtemberg, un comité s'est organisé à Stuttgart sous la protection de la famille royale. En Espagne, don Sébastien de Bourbon et de Bragance a donné au projet sa chaude approbation et a sollicité l'autorisation de la reine pour accomplir en Espagne ce que le prince Charles de Prusse avait fait à Berlin. En Danemark , le ministre de la guerre a informé officiellement le comité central de Genève que son gouvernement approuvait cordialement les résolutions votées à la Conférence internationale d'octobre. D'un autre côté, le roi de Prusse, qui s'intéresse tout particulièrement à cette oeuvre, a déjà résolu pratiquement la question de neutralisation. Les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ont, avec a permission, fait construire à Altona un grand hôpital pour les soldats blessés dans la guerre de Danemark.

L'empereur Napoléon III a fait adresser la lettre suivante au secrétaire de la conférence de Genève:

«Monsieur, l'empereur a pris connaissance des voeux émis par la Conférence internationale qui vient d'avoir lieu à Genève, sous la présidence de M. le général Dufour, pour étudier la question des secours internationaux à donner aux militaires blessés sur le champ de bataille.

«Sa Majesté approuve hautement l'objet de la Conférence, et les voeux émis pour l'accomplir. Elle désire concourir à votre oeuvre en favorisant la formation du comité de secours que vous cherchez à constituer actuellement à Paris, et elle vous autorise bien volontiers à faire connaître toute la sympathie qu'elle éprouve à cet égard.

«L'empereur m'a en outre chargé d'écrire à Son Excellence le maréchal ministre de la guerre pour qu'il autorise quelques officiers d'un grade élevé dans l'armée à faire partie du comité que vous organisez.

« Je vous prie d'agréer mes sentiments dévoués.

« Le colonel aide de camp,

« FAVÉ»

 

Le 8 août 1864, une seconde réunion de la Conférence eut lieu à Genève, et en même temps se tenait dans la même ville un congrès international, réuni avec pleins pouvoirs pour traiter officiellement de graves questions du droit des gens, que les autorités de la Confédération suisse lui avaient signalées comme se rattachant à la réforme sanitaire des armées. A la fin de cette brochure on trouvera un court exposé des travaux accomplis dans cette importante réunion de savants et d'hommes d'État; qu'il nous suffise de dire ici que le traité, tel qu'il a été finalement conclu et ratifié par les représentants officiels de quinze gouvernements européens, ne pourra manquer de donner un nouveau caractère au droit militaire, et de diminuer singulièrement les horreurs du champ de bataille.

L'exposé qui suit est une modeste tentative pour raconter l'histoire de la Commission sanitaire des États-Unis et montrer la nature et les résultats de l'ouvre qu'elle a accomplie. L'auteur reconnaît que les renseignements mis sous les yeux du lecteur sont inévitablement incomplets et fragmentaires, mais il a la confiance que les points les plus saillants de cette association auront été présentés avec un relief suffisant. Il se sentira surabondamment récompensé des peines et soins que lui aura coûté ce résumé, quelque imparfait qu'il puisse être, s'il réveille dans le public un intérêt plus général pour la question des réformes militaires, et s'il contribue à préparer en Europe une réalisation plus pratique et plus parfaite d'une institution philanthropique semblable à celle qui existe déjà de l'autre côté de l'Océan.

En préparant la présente brochure, l'auteur s'est efforcé de prendre ses renseignements et ses faits statistiques aux sources les plus sûres. Il a généralement indiqué les autorités par des notes au bas de chaque page, mais il croit utile d'indiquer les publications qu'il a consultées avec le plus de fruit(3).

L'auteur est heureux de reconnaître ici ses obligations envers de nombreux amis, dont plusieurs remplissent de hautes fonctions auprès des gouvernements soit en Amérique, soit en Europe, et auxquels il est redevable de renseignements importants.

 

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE

CHAPITRE PREMIER. --- L'hygiène des armées

Observations préliminaires,
Statistique hygiénique militaire en Amérique et dans l'Ancien monde,
Négligence des gouvernements à l'égard des soldats,
Conditions sanitaires et mortalité des soldats en temps de paix,
Conditions sanitaires et mortalité des soldats en temps de guerre,
Organisation militaire aux Etats-Unis avant la guerre civile,

CHAPITRE II. --- Premières réunions populaires. Premières demandes adressées au gouvernement

Ouverture des hostilités,
Première tentative d'association pour la réforme sanitaire,
Initiative des femmes,
Association centrale fondée à New-York,
Elle se met en rapport avec le pourvoyeur en chef de l'armée,
Réponse de ce fonctionnaire,
Députation d'hommes éminents envoyés à Washington,
Démarches du comité auprès du gouvernement,
Constitution de la Société

CHAPITRE IlI. --- Premiers travaux de la Commission sanitaire.

Organisation de la Commission sanitaire,
Relations avec le Bureau médical de l'armée,
Système d'approvisionnements, p.60. - Nomination d'inspecteurs sanitaires,
Mesures prises pour obtenir la coopération complète du Bureau médical,
Nomination du docteur Hammond à la place de chirurgien général de l'armée,
Concentration des efforts et des ressources,
Vente de Chicago,

CHAPITRE IV. --- Plan des opérations de la Société.

Organisation générale,

A. Personnel des volontaires,

B. Prévention hygiénique,

1° Inspecteurs d'hygiène,
2° Bureau de statistique,
3° Monographies générales,

C. Hôpitaux,

description des édifices,
passe-temps des malades,

D. Service d'assistance,

1° Service d'assistance spéciale,

a Agence hospitalière,
b Asiles des soldats,
c Registres des morts et enterrements,

2° Service d'assistance générale,

Organisation des sociétés auxiliaires,
Ordre des distributions,
Horreurs du champ de bataille. Bienfaits de la Commission,
Hôpitaux flottants,
Wagons-ambulances,

CHAPITRE V. --- Résultats de l'OEuvre

État sanitaire de l'armée américaine pendant la première année de guerre,
Salubrité des États qui bordent le Pacifique,
Diminution constante des maladies dans l'armée américaine,
Conditions hygiéniques très-satisfaisantes en Louisiane, dans la Floride, dans la Caroline du Sud,
Budget de la Commission sanitaire; générosité du peuple américain,

CHAPITRE VI. --- Conclusion

Merveilles que peut accomplir l'initiative unie à la discipline,
Efforts de la Société genévoise d'utilité publique,
Visite du docteur Gurlt aux hôpitaux prussiens du Schleswig-Holstein,
Congrès international,
Convention signée à Genève,
Précédents historiques,
Maintien de la discipline militaire,
Témoignages rendus à la Commission par les généraux américains,
Commission chrétienne,
Associations sanitaires dans les Etats séparés,
Avenir de la Commission sanitaire

PLANCHES


Premier chapitre