LES CAHIERS DE LA VICTOIRE

LA VOIE SACRÉE

Le Service automobile à Verdun
(Février-Août 1916)

Par

PAUL HEUZÉ

LA RENAISSANCE DU LIVRE
78, BOULEVARD SAINT-MICHEL PARIS

 

  TABLE DES MATIÈRES
 
I.
Où en était le service automobile le 21 février 1916
II.
Les préparatifs de la bataille
III.
La bataille
IV.
La vie de la route
V.
La vie des voitures
VI.
La vie des hommes
VII.
Les Civils
VIII.
La victoire de Verdun
IX.
Conclusion
X.
Carte de Verdun et des environs

 

Le 25 mars 1916, le directeur des Services automobiles à l'Etat-Major général envoyait aux troupes placées sous ses ordres la note suivante :

« Le chef d'escadron directeur des Services automobiles est heureux de communiquer aux officiers et hommes de troupe du Service automobile les félicitations du général en chef, contenues dans l'ordre n° 1. S. du 19 mars 1916, ci-joint.

« Chacun en appréciera le prix et aura à coeur de redoubler d'efforts pour que le service entier mérite, dans l'accomplissement des besognes futures, la précieuse marque d'estime dont viennent d'être l'objet les formations qui opèrent depuis plus d'un mois avec les troupes de Verdun.

« Signé : GIRARD. »

Suivait l'ordre du général en chef, daté du 19 mars:

« Depuis la reprise des opérations actives dans la région de Verdun, le Service automobile a fourni un très gros effort pour assurer les transports de troupes et de ravitaillement. Grâce à la bonne organisation des mouvements d'une part, à l'endurance et au dévouement du personnel d'autre part, ces transports ont été exécutés avec la plus grande régularité et dans un ordre remarquable. Le général en chef exprime toute sa satisfaction au personnel de direction et d'exécution du Service automobile ayant participé à ces transports.

« Signé: JOFFRE. »

Ces paroles, qui devaient apporter à l'avant, aux troupes automobiles, un légitime sentiment de fierté et de joie, furent répandues dans la zone de l'intérieur par la voie de la presse (1).

Depuis quelque temps, l'opinion publique, d'abord assez défavorable aux automobilistes, avait commencé de revenir à des sentiments plus justes; les affaires de l'Artois et de la Champagne avaient ouvert bien des yeux. La révélation de Verdun fit s'achever, d'un coup, ce mouvement de volte-face. On faillit même, --- il en est souvent ainsi dans les affaires humaines, ---- aller un peu loin et tomber d'un excès dans un autre et peu s'en fallut que l'on n'applaudît les quelques exaltés qui criaient très fort:

---Ce sont les automobilistes qui ont sauvé Verdun!

Par la suite, les choses furent mises an point; et, aussi bien, la vérité toute nue, ici comme partout ailleurs, était encore préférable.

Ce que le général en chef voulait dire, et disait si bien, ce n'était pas précisément que les automobilistes avaient sauvé Verdun; mais c'est qu'ils avaient joué, auprès de leurs camarades des autres armes, un rôle de la plus haute importance; c'est qu'ils avaient aidé puissamment à l'action de l'infanterie, c'est qu'ils avaient rendu possible la riposte immédiate de nos canons aux canons de l'ennemi. Ce qu'il voulait dire aussi en les mettant à l'honneur, c'est qu'ils avaient vraiment été à la peine; c'est enfin que, de ces pages épiques, ils avaient écrit quelques-unes, en les éclaboussant d'un peu de leur sang!

Ainsi donc le Service automobile avait maintenant sa place marquée officiellement auprès des armées combattantes : simple organe de transport au début de la campagne, il s'était manifesté peu à peu comme une force de guerre, dont les autres forces de guerre ne pouvaient plus se passer.

Les automobilistes continuèrent donc, autour de Verdun sauvé, leur labeur quotidien. Avril, mai, juin, juillet, août furent encore de rudes mois. Puis tout s'apaisa : l'ennemi, battu, décimé, écrasé, renonçait définitivement à sa magnifique proie.

Le moment a paru venu de tenter, avec le recul nécessaire, de faire le récit des événements du printemps de 1916, au point de vue très particulier des transports automobiles, et d'explorer, si l'on peut s'exprimer ainsi, ce coin des « coulisses » du formidable drame.


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